EQUIPE DE FRANCE DE FOOTBALL : il existe forcément une surface de réparation !

Publié par Philippe Veber il y a 6 années | Sport

L’évidence. L’échec de l’équipe de FRANCE de football lors des compétitions depuis quelques années ne procède pas d’une succession d’accidents de parcours. C’est un parcours accidenté, chaotique et laborieux, qui vient de mener à une certaine désillusion et à un sentiment d’impuissance. Notre société exige de désigner le coupable. Il y a quelques années, la responsabilité incombait au sélectionneur qui communiquait mal. Ensuite, ce fut à cause de quelques « caïds ». Aujourd’hui ? On ne sait pas trop. Le sélectionneur ? Il semble irréprochable, auréolé de son titre de champion du monde et puis, le « président » doit bénéficier d’une certaine immunité. Les joueurs ? Ce ne sont pas des voyous. Les dirigeants ? Pourquoi eux ? Ils ne sont pas sur le terrain ! Néanmoins, le comportement de certains champions fait réfléchir et laisse un goût amer. Mais les savants du football ont sûrement une solution.

Le syndrome. Certains soccer-penseurs réfléchissent. Ils avancent lentement mais sûrement, avec un certain nombre de certitudes. Il suffit d’avoir emmené son enfant au club de football local pour comprendre les réactions en chaîne. Lorsque l’on ose un « vous ne pensez pas qu’il faudrait peut-être… », la plupart du temps, on ne finit pas sa phrase et le retour est cinglant : « Eh, ça fait 30 ans que je suis sur le bord des terrains. Alors, le foot, je connais. Vous… ». D’accord. Excusez-moi. Respect.

Version équipe de France, ça fait : « Il faut des sanctions. Lorsqu’on porte le maillot de l’équipe de France, on représente la France. Donc, il faut des sanctions ». Ouf ! On a trouvé. Ca va soulager tout le monde. Pour le reste … ? « Quel reste ? Bah, on verra…On a rendez-vous jeudi avec le sélectionneur qui, je crois, a le même agent que le prochain…sélectionneur…pressenti… ».

Comme un excellent juriste ne fait pas forcément un bon avocat, un bon tacticien ne fait pas forcément un bon meneur d’homme.

Il faut peut-être ériger l’humilité en principe.

L’évolution. Comme a écrit Lewis CARROLL « Quand on cesse d’avancer dans un monde qui bouge, on ne se rend même plus compte que l’on recule ». Le monde n’en finit pas de chahuter nos repères. Les modes relationnels balayent nos anciennes habitudes. On communique beaucoup mais différemment. Ce n’est pas un hasard si on parle de génération « Y ». Le staff actuel de l’équipe de France téléphone sûrement plus que ne le faisait Aimé JACQUET en 1998, et qui lui-même, a dû certainement beaucoup plus téléphoner que Michel HIDALGO dans les années 80. Alors, un manque d’éducation de joueurs devenus ingérables ? Peut-être simplement un manque de compréhension des éléments qui nous entourent. Et si c’était le mode relationnel sur lequel il fallait se pencher ?

L’impuissance. L’image que l’équipe de France nous renvoie est un douloureux sentiment d’impuissance. Il suffit de lire dans les regards. Même s’il est compréhensible que les dirigeants veuillent prendre leur temps, les messages délivrés sont pour l’instant très creux pour ne pas dire inexistants comme s’il n’y avait pas d’issue. Pourtant, l’heure des choix sonne déjà.

L’empirisme. Il faut en terminer avec l’improvisation. En finir avec les belles phrases telles que : « le groupe vit bien », « les gars s’entendent bien », « on a vu de bonnes choses mais on va prendre des sanctions ». Normalement, on ne fait pas jouer un attaquant au poste de défenseur. L’entraîneur ou le sélectionneur sait certainement pourquoi. Mais sait-il vraiment pourquoi il désigne tel joueur capitaine et pourquoi il décrète que tel joueur est un leader ? Quels sont ses critères ? C’est un bon gars ? Il a une grande gueule ? Il est respecté ? Il a tout gagné ? Il le sent bien ?

On va certainement changer une équipe qui ne gagne pas. Mais sans trop savoir pourquoi. Ce n’est pas le fait de ne plus vivre avec des écouteurs vissées aux oreilles, de dire bonjour à la dame, de bien chanter la Marseillaise et de signer des autographes avec un sourire figé qui va construire une équipe de France de football championne d’Europe ou championne du monde ou alors, il faudra également demander aux membres du staff de remiser leurs smart-phones et de jeter leurs bâtonnets de sucettes Chupa Chups.

Il faut autre chose que du ressenti ou de l’intuition pour mener un groupe au succès et donc à la victoire. Quiconque a recruté ou animé une équipe une fois dans sa vie sait qu’il est extrêmement facile de se tromper. Les impressions et les certitudes sont parfois extrêmement trompeuses.

Et si tout simplement, certains joueurs, placés face aux responsabilités qu’on entend leur confier dans telle ou telle compétition ne supportaient pas la pression ? Et si le leader désigné perdait tous ses moyens lors du grand rendez-vous comme un étudiant le jour de l’examen ? Les attitudes inadaptées ne traduisent pas forcément un manque d’éducation mais peut-être une inadaptation de la personnalité du sportif au rôle qu’on veut lui voir jouer.

La piste. L’équipe de France n’est pas là pour éduquer, c’est trop tard. Le sélectionneur doit sélectionner. Sur quels critères ? Sur des critères techniques, c’est une évidence, mais ça ne suffit pas. Accepter de ne pas tout savoir. C’est certainement la piste. Pour construire une équipe, il existe des outils modernes qui servent à l’analyse des personnalités et à la cohésion de groupe. Si pour une fois, on changeait le cours des choses. Si on arrêtait de se gargariser du management sportif appliqué à l’entreprise pour parcourir le chemin inverse et appliquer le management d’entreprise au monde du sport.

Les termes sont parfois barbares. On parle notamment de « team building ». Mais ces mots parfois pompeux renferment une idée simple.

Il s’agit de procéder à l’évaluation de la personnalité et la motivation de chacun pour aller vers la performance individuelle et collective. L’entreprise applique ces méthodes.

Il est donc temps de raisonner en professionnel et de travailler la tête en corrélation avec les jambes. Il faut donc rationnaliser les choix grâce à des procédés techniques (tests, évaluations, méthodes de progression) qui existent et que nous utilisons, après les avoir éprouvés. On utilise les statistiques de jeu. Il faut désormais utiliser les statistiques élaborées du comportement.

Certains acteurs majeurs du sport mondial le font depuis longtemps même pour recruter des stars internationales dont le talent technique aurait pu suffire.

Ils ont compris qu’une étude précise de la personnalité d’un sportif – pas de son intelligence ou de ses compétences – permettait de mieux appréhender ses forces et ses faiblesses pour lui fournir des outils de progression, lui procurer un équilibre et donc, lui trouver sa place.

Lire les propos de Johan CRUYFF (l’Equipe magazine spécial BARCA) fait avancer. Il a tout compris depuis longtemps. L’environnement et la personnalité, avant le jeu…Il paraît difficile de le contredire.

Il faut toujours de la technique et un peu de chance pour gagner. Mais il faut aussi un esprit d’équipe et un esprit d’équipe, ça se construit.

Et puis, il faut peut-être aussi retrouver le goût de la victoire et arrêter d’avoir comme objectif de sortir de la poule ou alors c’est déjà avoir conscience de ses faiblesses et de les avouer (à moins que ce soit encore une fois de la com !). Il me semble que Rafael NADAL, lorsqu’il entame un tournoi n’a pas pour but ultime d’atteindre les quarts de finale.

Philippe Veber
veber@veberavocats.com
28 juin 2012