LE PARISIEN – Décembre 2006 – GARRA DEMBELLE

Publié par Philippe Veber il y a 6 années | Articles de presse / Interviews

Archives
ENQUETE.
La descente aux enfers d’un espoir du foot
Garra Dembélé, poursuivi pour viol en Italie, nie ces accusations. Ce jeune espoir du foot français raconte, en revanche, sa dérive. Il reconnaît qu’il n’était pas préparé à gagner autant d’argent. Aujourd’hui, il cherche un club, car « jouer au Azzeddine Ahmed-Chaouch | 28.12.2006 COUPE de cheveux « requin », tee-shirt moulant et jean taille basse : Garra Dembélé prend soin de son look. Une allure qui n’est pas sans rappeler celle de l’un ses aînés du club de l’AJ Auxerre, Djibril Cissé. C’est d’ailleurs dans cette ville que le jeune footballeur vit aujourd’hui, provisoirement, dans la maison des parents de son ex-copine. Accusé de viol en Italie par une étudiante américaine, il a été libéré le 25 décembre. « J’étais à Rome pour faire des essais dans des clubs italiens . Ce soir-là, je suis sorti en boîte de nuit avec la personne qui était venue me chercher à l’aéroport. Je n’étais pas bourré comme certains médias l’ont dit. J’ai effectivement eu une relation sexuelle avec cette fille de 20 ans. Mais je ne l’ai pas violentée et elle était consentante. C’était une histoire entre adultes, voilà tout. » Considéré comme l’un des grands espoirs du football français , le jeune homme de 20 ans risque jusqu’à dix ans de prison. « Nous sommes confiants et sereins, assure M e Philippe Weber, son avocat. Garra est aujourd’hui en liberté totale. Si des charges suffisantes pesaient sur lui, croyez-vous que la justice italienne le laisserait partir du territoire ? Nous attendons la suite. Il existe une audience préliminaire, pour évaluer si l’affaire sera jugée, qui devrait avoir lieu au printemps. Avant même le procès, le procureur peut décider d’un non-lieu. » 7 000 par mois à 18 ans Arrêté le 11 octobre, Garra Dembélé a été incarcéré près de sept semaines en Italie, avant d’être soumis aux arrêts domiciliaires pendant près d’un mois. Il confie avoir reçu le soutien de certains de ses ex-coéquipiers comme Ricardo Faty, actuellement en contrat avec le club de l’AS Roma. Les deux joueurs faisaient partie de la promotion 1999 de l’Institut national du football de Clairefontaine (INF), école de formation du football français qui a sorti certains noms prestigieux comme Thierry Henry ou Nicolas Anelka. Mais son itinéraire est loin d’être celui des champions du monde. « Malheureusement, tous ne deviennent pas des stars. Pour ma promotion, 800 ont été détectés, 24 ont été intégrés à l’INF et seulement une dizaine a un club aujourd’hui. Le reste est au chômage. Et encore, c’est une génération dorée. » Dembélé a vite été repéré comme un joueur talentueux. L’un de ses premiers entraîneurs à Puteaux lui conseille de viser plus haut et de rejoindre Clairefontaine. Chose faite à 13 ans. Pendant son internat, il suit les cours au collège de Rambouillet et loge à l’INF. A 16 ans, il rejoint Auxerre. Guy Roux a décelé chez lui un potentiel de futur grand joueur. A 18 ans, il gagne déjà 7 000 par mois. « Quand tu touches autant d’argent, tu as envie de le dépenser. J’ai acheté une Audi A 3, je partais en voyage. J’ai voulu m’acheter tout ce que je n’avais pas pu avoir pendant mon enfance. » Garra grandit à Gennevilliers, puis sa famille s’installe à Puteaux. Lui est né en France, ses parents au Mali. Son père est ouvrier et sa mère femme de ménage. Dembélé a en tout sept frères et soeurs. « Je n’ai pas su faire les bons choix » « A 18 ans, j’ai commencé à sortir en boîte de nuit. Comme Guy Roux surveillait tous les lieux du coin, j’allais sur Paris. Je revenais fatigué à l’entraînement. Il faut avoir la tête sur les épaules et être bien conseillé. Ce n’était pas mon cas. Je n’ai pas su faire les bons choix. A cet âge-là, nous ne sommes pas préparés à tout ça. » En juin 2006, il résilie son contrat avec Auxerre. Guy Roux lui reproche son manque de sérieux. Quelques mois plus tôt, il avait été arrêté pour conduite en état d’ivresse et sans permis. A peine majeur, il est sans club. Certain d’avoir les qualités pour pouvoir rebondir, il réalise un essai concluant à la Lazio Rome. Proposition qu’il refuse, préférant rejoindre une destination qui le fait davantage rêver : l’Angleterre. Mais outre-Manche, il ne convainc aucun des clubs. Bredouille, il tente sa chance une nouvelle fois en Italie en octobre, date à laquelle il est arrêté. « Aujourd’hui, je suis plus motivé que jamais. D’ailleurs, je ne sais faire que ça, jouer au foot. »

Le Parisien
Cet article a été publié dans la rubrique Les Faits Divers